L’ICO, nouvel eldorado des startup ?


Le terme « ICO » est particulièrement en vogue chez les investisseurs depuis quelques mois. Ces levées de fonds en cryptomonnaies (« Initial Coin Offerings ») s’apparentent aux introductions en bourse (IPO) car elles ont le même objectif, aider les entreprises à trouver des financements auprès de sources diverses. Elles obéissent toutefois à des calendriers différents et utilisent des mécanismes bien distincts.

Emmanuel Dooseman

Emmanuel Dooseman

Associé Mazars

Le financement est clé

L’ICO est une forme de financement basée sur la technologie Blockchain et qui se présente généralement sous la forme d’une vente de jetons (« tokens ») dont les conditions sont particulièrement favorables aux entreprises se trouvant à un stade précoce de leur développement.

Ainsi, la plateforme de marchés prédictifs décentralisés Gnosis a réussi à lever plus de 12,5 millions de dollars à l’issue d’une émission de jetons aux Pays-Bas qui n’aura duré que 15 minutes ! Les investisseurs se sont rués sur les jetons Gnosis, propulsant quasi-instantanément la valeur du projet jusqu’au niveau impressionnant de 300 millions de dollars.

Après avoir levé 20 millions de dollars par le biais d’opérations de capital-risque classiques, Omise, fintech basée en Thaïlande, a pour sa part levé 25 millions de dollars supplémentaires grâce à une ICO, émettant des jetons pour financer Omise Go, sa plateforme de paiement décentralisée permettant aux utilisateurs de partager des fonds sans posséder de compte bancaire ni avoir à payer de frais de service.

On constate ainsi un engouement récent mais bien réel de la part des investisseurs, certaines ICO ayant parfois dû faire face à une demande qui s’est, in fine, révélée supérieure au nombre de jetons disponibles.

Les ICO, outils de levées de fonds rapides et flexibles

Les ICO se déroulent en environnement dématérialisé, l’argent étant créé et échangé dans le cloud. Cela tient au fait que les ICO sont essentiellement des plateformes de financement participatif (« crowdfunding ») destinées aux startup émettrices de cryptomonnaies. Contrairement aux matières premières ou aux monnaies fiduciaires, ces dernières n’ont ni valeur intrinsèque, ni support physique et ne sont pas émises par une banque centrale ; les transactions sont initiées, acceptées, confirmées et partagées par un réseau de pairs opérant dans l’univers des cryptomonnaies.

Une startup qui désire réaliser une ICO doit ainsi créer sa propre cryptomonnaie (via un protocole comme Ethereum, Counterparty ou Openledger) et fixer une valeur en fonction du montant que son projet doit réunir pour respecter la feuille de route définie au préalable dans un livre blanc ; celui-ci précise les contours du projet (objectifs, étapes clés, financement nécessaire, durée de la campagne, type de monnaie acceptée…) afin de susciter l’intérêt du marché. Les jetons créés spécifiquement pour ce projet peuvent ensuite être achetés avec d’autres cryptomonnaies plus établies comme l’Ether ou le Bitcoin.

Une ICO dure en moyenne une semaine, la valeur de ses jetons fluctue en fonction de la structure mise en place par les émetteurs. Le prix peut par exemple rester stable afin d’atteindre un montant précis mais les émetteurs peuvent aussi décider de répondre à une offre statique par des cours dynamiques, de sorte que le prix des jetons augmente parallèlement au montant des fonds levés. Une troisième approche consiste à fixer un prix ferme face à une demande dynamique, de sorte que la valeur en cryptomonnaie est fixée à la création du jeton. Ce processus dure jusqu’à ce que la startup atteigne son objectif de financement. Les ICO impliquent plusieurs tours de table et la valeur des jetons augmente à mesure que la date d’émission approche. Cela incite les investisseurs à injecter de l’argent le plus tôt possible pour obtenir le rendement maximal.

Contrairement aux IPO, les jetons ne confèrent aux investisseurs aucun droit de propriété sur la société ou sur les actifs, mais sur un projet. Il s’agit d’instruments au porteur conférant à ceux qui les détiennent la possibilité d’être rémunérés en échange d’une anticipation de réalisation dudit projet.. Les investisseurs participent aux ICO dans la perspective de voir la valeur des jetons liés à ces projets augmenter et réaliser en conséquence une plus-value.

Un engouement de la part des startup et des investisseurs

Les ICO sont devenues très populaires auprès des fintech, mais elles séduisent aussi d’autres marchés. La vitesse à laquelle il est possible de lever des capitaux, l’absence d’intermédiaires ainsi que de cadre réglementaire et fiscal les rendent particulièrement attractives. La facilité avec laquelle des jetons de cryptomonnaie peuvent être créés, utilisés dans des transactions, puis échangés en sont un véritable accélérateur.

Quant aux investisseurs, la grande liquidité des ICO et la possibilité offerte par des des plateformes comme Coinbase, Kraken, Poloniex et Yunbi d’échanger ou de vendre leurs actifs numériques, sont autant de garanties d’obtenir des retours sur investissements très rapides en raison des fortes fluctuations des cours au quotidien.

Le marché des ICO a ainsi progressé à un rythme exponentiel au cours des derniers mois. Le risque d’assister à une nouvelle bulle, à l’image de la bulle internet de l’an 2000 existe et doit inciter à la prudence du fait de sa volatilité extrême. C’est un environnement dynamique, au sein duquel de nombreux jetons peuvent être créés et disparaître chaque jour. Une demande trop importante de la part des investisseurs (alimentée par une forte spéculation) pourrait ainsi avoir des conséquences désastreuses, tant pour les investisseurs que pour les émetteurs. L’essor rapide de l’ICO comme source de financement est à la fois stimulant et prometteur, mais sa durabilité, tout comme celle des cryptomonnaies, reste encore à confirmer.

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