Startup deviendra grande


Financement, gouvernance, IT, nouveaux marchés, recrutement sont autant de défis que les startups doivent relever pour continuer à grandir. Comment s’y préparer ? Stéphanie Latombe, associée Mazars en charge des marchés de capitaux, accompagne des startups dans leurs enjeux de développement et de financement, notamment dans le cadre du programme TechShare, lancé par EnterNext. Elle revient sur ces obstacles à surmonter, et apporte son éclairage sur les conditions nécessaires à un accompagnement efficace.

Stéphanie Latombe

Associée

Le financement est clé

Le financement, à l’évidence, est l’un des enjeux majeurs et des prérequis à la croissance. Il s’agit même du nerf de la guerre. Les dirigeants des startup doivent apprendre à connaître toutes les sources possibles et se familiariser avec l’ensemble des pistes à explorer. Investisseurs privés, aides au financement proposées par l’Etat ou ses organismes (bpifrance, French Tech, l’Agence nationale de la Recherche,...), fonds régionaux ou européens, accélérateurs, sans oublier, pour ceux qui y sont prêts, les marchés de capitaux ou les ICO – qui permettent de lever des fonds, via l’émission d’actifs numériques échangeables contre des crypto-monnaies, telles que le bitcoin -, les solutions potentielles sont nombreuses. «L’important est de ne fermer a priori aucune porte, et surtout, de ne jamais lâcher. L’accès au financement est avant tout affaire de pugnacité », explique Stéphanie Latombe.

Attirer les meilleurs talents

Le développement passe aussi, bien sûr, par le recrutement, avec un double enjeu : pouvoir assurer une production plus importante, et attirer les talents les plus prometteurs, qui vont permettre à l’entreprise de grandir. Un startupper qui veut s’assurer les services des meilleurs talents doit être visible. Il doit pouvoir mettre en avant une structure robuste, des conquêtes commerciales avérées, un réel potentiel de croissance. D’où l’obligation également de construire, dès le début, une organisation solide, et d’anticiper les opportunités de développement, nationales et internationales. «Je suis frappée par le fait que beaucoup des startup avec lesquelles je travaille ont déjà installé un bureau à l’étranger », indique Stéphanie Latombe. «Ce ne sont souvent que des structures légères, mais elles permettent de connaître les territoires et d’identifier à l’avance les marchés sur lesquels existent des possibilités de ventes.»

Ne pas négliger l’aspect légal et les enjeux de mise en conformité

Développement commercial, organisation et gouvernance impliquent aussi que soient levées les hypothèques liées aux enjeux juridiques, notamment. De fait, le chantier est conséquent : statut de l’entreprise, sécurisation des contrats, avec les clients, les prestataires et les salariés, ou encore protection des idées. Les aspects liés à la sécurité informatique sont également cruciaux. Pour une startup, comme pour n’importe quelle autre entreprise, se prémunir contre les risques de cyber-attaque revêt un enjeu majeur.

Un accompagnement agile et sur mesure

Les startups sont avant tout des structures légères et souples. L’accompagnement qui peut leur être proposé, pour assurer leur développement, doit être adapté à leurs spécificités. Dans une tribune publiée sur l’édition française du Huffington Post, Michel de Guilhermier et Juan Hernandez, cofondateurs de l'Accélérateur – devenu Day One Partners, définissent les trois caractéristiques indispensables aux acteurs qui veulent aider les startup à grandir : l’esprit d’entreprise, la proximité et un haut niveau de réactivité, et une envergure financière suffisante.

Au-delà de l’expertise technique, une réelle compétence entrepreneuriale s’avère en effet essentielle lorsque l’on accompagne une jeune entreprise, souvent encore fragile. Pour les auteurs précités, c’est cette compétence qui permettra d’aider le dirigeant d’une startup à faire la différence entre « une saine et nécessaire ténacité et un entêtement vain ». C’est également grâce à cette connaissance des processus de développement d’une entreprise qui pourront être établis des diagnostics pertinents sur « ce qui doit être modifié », sur « les compétences complémentaires à acquérir » ou sur «la stratégie de levée de fonds adéquate ».

Proximité et réactivité apparaissent également comme des impératifs, notamment, parce que le temps manque souvent aux créateurs de startup et que leurs besoins évoluent également très vite. « En fait, ces besoins sont multiples », explique Stéphanie Latombe. « Il faut donc être en mesure d’offrir toutes les pièces détachées ». En d’autres termes, de construire une gamme de solution sur-mesure, et de constituer des équipes de spécialistes, capables d’intervenir rapidement et efficacement quels que puissent être les enjeux.

L’envergure financière, enfin, peut s’envisager sous plusieurs angles. Celui d’un apport direct, dans le cas de certains incubateurs ou accélérateurs dotés d’importantes ressources. C’est le cas, par exemple, de Y Combinator aux Etats-Unis, de StartUp Bootcamp en Europe, ou de certaines structures adossées à de grands groupes. Celui aussi d’une facilité de mise en relation avec d’autres financeurs potentiels, qui peuvent être des business angels, des fonds d’investissement, ou, au bout de quelques années, les marchés financiers. Celui, enfin, de la force ou de l’image rassurante d’un accompagnateur reconnu, dont la signature est nationale ou internationale. «Il est très rassurant, pour une startup, de pouvoir bénéficier de la visibilité et de la crédibilité d’une organisation qui a établi des contacts ou des partenariats avec des acteurs majeurs de la création et du développement des entreprises », conclut Stéphanie Latombe.

Si l’accompagnement est indispensable, le «one size fits all» n’est donc pas la solution.

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